LA POLITIQUE MONETAIRE

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La politique économique conjoncturelle est une action de l’Etat qui utilise des instruments particuliers pour atteindre des objectifs finals. Ces objectifs sont les suivants :


- La croissance : la recherche d’un meilleur niveau de production durablement soutenable sans tension dans l’économie (inflation) ;
- L’emploi : la recherche d’une tendance vers le plein emploi ;
- La stabilité des prix : lutte contre l’inflation est devenue une priorité
de la, politique économique, en particulier dans le contexte de l’ouverture sur le monde ;
- L’équilibre extérieur : éviter tout déséquilibre durable de la balance des paiements ce qui pourrait entraîner un épuisement des ressources en réserves de devises étrangères.

Pour atteindre ces objectifs, l’Etat agit par le biais d’instruments budgétaires (fiscalité, dépenses) et monétaires (taux d’intérêt, réserves obligatoires).
De par sa nature, la politique monétaire agit sur l’évolution de la masse monétaire afin qu’elle soit compatible avec le développement du PIB et le niveau des prix et qu’elle favorise la préservation des équilibres fondamentaux du pays.

Les objectifs de la politique monétaire sont les suivants :

- Assurer la croissance qui est de nature à générer plus de revenus et donc d’agir sur l’épargne, l’investissement et l’emploi ;
- Maîtriser l’inflation en harmonie avec le développement économique ;
- Préserver les équilibres extérieurs en maintenant la stabilité de la monnaie et en renforçant les réserves en devises.

L’action sur la masse monétaire se traduit en fait par des interventions de la banque centrale marocaine (Bank Al Maghrib, BAM) sur les contreparties de la masse monétaire c’est-à-dire les crédits à l’économie, les avoirs extérieurs et les créances sur le trésor. Partant de là, on peut dire que la politique monétaire englobe la politique de crédit et la politique de change. Quant à l’action sur les créances sur le trésor, elle demeure négligeable.

La politique de crédit revêt une importance majeure au Maroc puisque l’essentiel de la création monétaire trouve son origine dans les activités de distribution des crédits par les banques.

Au Maroc, l’essentiel de l’action en matière de politique monétaire est concentré sur les crédits. Aussi pour la suite, nous nous permettrons de désigner la politique de crédit par politique monétaire.

La politique monétaire (au sens d’action sur les crédits) utilise un ensemble d’instruments élaborés en fonction du degré d’évolution et de maturité du système financier et de la diversité et de la complexité des techniques utilisées. Au Maroc, la politique monétaire a connu un renouveau depuis la fin des années quatre vingt en accompagnant les innovations introduites dans le paysage financier et en se basant désormais sur un mode de contrôle indirect.

L’ancienne approche de la politique monétaire au Maroc

Jusqu’à la fin des années quatre vingt, la politique monétaire était construite autour d’une série d’instruments de contrôle direct des crédits. Ces instruments avaient pour but de contrôler les liquidités excédentaires des banques et par la même leur capacité de créer de la monnaie. Le principe de base est que la banque centrale marocaine procède à des actions directes de contrôle auprès des banques commerciales. Ces action prennent diverses formes :
l’encadrement du crédit, les emplois obligatoires et le réescompte.

L’encadrement du crédit

L’encadrement du crédit consiste à limiter l’extension des capacités des banques à octroyer des crédits en leurs fixant un taux maximum d’expansion au cours d’une période donnée. L’encadrement du crédit a pour objectif de limiter la progression des crédits et donc son effet sur la masse monétaire, en fonction du taux de croissance prévu des autres contreparties de la masse monétaire.

L’encadrement du crédit, en vigueur au Maroc depuis 1969, a été abandonné en 1991 au profit d’une intervention indirecte par les taux.

Les emplois obligatoires

Les emplois obligatoires sont constitués des réserves obligatoires non rémunérées et d’un ensemble de portefeuilles. Les réserves obligatoires :
En tant qu’instrument de politique monétaire, les emplois obligatoires sous forme de réserves ont pour objectif final de limiter les liquidités bancaires et donc leurs capacités à transformer leurs disponibilités en crédit.

Les réserves obligatoires sont des avoirs liquides, constitués en général de monnaie centrale, que les banques doivent conserver dans leurs actifs (obligation réglementaire). Ces réserves sont calculées au Maroc en proportion de dépôts à vue gérés par les banques (généralement entre 10 % et 15 %).

Les autres emplois obligatoires :

Par cette action, de manière contraignante, BAM orientait une partie des ressources bancaires vers le financement de secteurs économiques particuliers ou encore vers le financement de l’Etat en poussant les banques à acheter un ensemble de titres de créance.

Sur une longue liste de ces emplois obligatoires, deux exemples ont particulièrement été utilisés jusqu’en 1994, date d’abandon de ce type d’interventions de BAM. Il s’agit des bons de trésor à un an et les bons de caisse de la Caisse nationale du crédit agricole à un an. Ces emplois permettaient à BAM d’orienter les ressources des banques, par exemple, vers le trésor public (bons de trésor à 1 an) ou indirectement vers des secteurs d’activités déterminées (l’agriculture pour les bons de la CNCA).

Le réescompte

A travers cette opération, BAM assurait le refinancement des banques marocaines. Elle consistait à réescompter auprès de la banque centrale les crédits à court terme mobilisables (effets de commerce) que les banques consentaient à leurs clients.

Le réescompte était soumis à un plafond et le taux appliqué était déterminé de manière unilatérale par la banque centrale (taux d’escompte de BAM). Ce taux influençait directement l’ensemble des taux d’intérêt puisqu’il déterminait les conditions de crédit appliquées par les banques aux entreprises (lorsque le taux d’escompte de BAM est élevé, les taux appliqués par les banques à leurs clients est élevé).

Avec l’apparition de nouvelles formes de refinancement des entreprises (marché monétaire), la technique du réescompte est devenue obsolète. Elle a été abandonnée au Maroc en 1995.

La nouvelle politique monétaire au Maroc

Avec l’abandon de l’encadrement du crédit et du refinancement des banques par le réescompte et parallèlement avec le développement et l’ouverture du marché monétaire, les autorités compétentes ont adopté une approche indirecte pour le contrôle de la masse monétaire. Cette approche privilégie l’action par le taux d’intérêt et a pour terrain le marché monétaire.

A partir de là, l’intervention de BAM sur le marché monétaire est devenue un moyen de régulation et de contrôle de la liquidité bancaire et donc de la création monétaire.

La nouvelle politique monétaire au Maroc est désormais axée sur l’utilisation de deux instruments : le contrôle du refinancement bancaire par les procédures des pensions et les opérations d’Open Market. Néanmoins, il est à signaler que les réserves obligatoires existent toujours et qu’elles sont parfois employées en tant qu’instrument de politique monétaire.

Refinancement bancaire et procédures des pensions

Par ce mode d’intervention, BAM refinance les banques en leur accordant des crédits à court terme garantis par des titres tels que les bons de trésor. Ce type de crédits est appelé des pensions. Il en existe trois catégories : les pensions à une semaine sur appel d’offre, les pensions à cinq jours et les pension à 24 heures.

Le premier type de pension a une dimension déterminante par rapport aux deux restant en matière de contrôle par les taux d’intérêt. En effet, les taux de rémunération des pensions à 5 jours et à 24 heures sont callés sur ceux des pensions à une semaine. A partir de là et connaissant le fonctionnement de ce mode de refinancement des banques, il apparaît que cette dernière dispose
d’un outil qui peut se révéler efficace : en fixant un niveau de rémunération élevé, BAM tend à décourager le refinancement et donc à limiter les liquidités des banques et inversement.

L’intervention par le marché : les opérations d’Open Market

Les opérations d’open market consistent pour BAM à intervenir sur le marché monétaire en achetant et vendant des titres (bons de trésor essentiellement). Cette intervention a pour objectif d’influencer les conditions du marché, en particulier le taux d’intérêt (prix de la monnaie échangée) en vue d’agir sur l’affectation des liquidités excédentaire des banques et par conséquent sur leurs capacités à créer la monnaie.

Le fonctionnement du marché monétaire repose principalement sur
les taux actuels et l’anticipation des banques sur l’évolution
ultérieure des ces taux.

Dans le cadre de leur recherche du placement le plus rentable, les banques ont à faire un choix entre l’achat de titres sur le marché monétaire (refinancement de crédits anciens) ou l’accroissement de leurs crédits à l’économie (financement de crédits nouveaux). Une élévation du taux d’intérêt du marché monétaire incite les banques à choisir le refinancement.

Cette incitation est au coeur des opérations d’open market. En effet, lorsque BAM veut absorber les liquidités excédentaires des banques (pour éviter qu’elles soient transformées en crédits à l’économie) elle informe les banques qu’elle est disposée à acquérir des liquidités (en offrant des bons de trésor par exemple). Elle agit ainsi sur la demande de monnaie et entraîne une augmentation du taux d’intérêt du marché.

Cette augmentation du taux d’intérêt s’analyse comme une baisse de la valeur des titres anciens que BAM possède. En anticipant une baisse du taux d’intérêt, les banques sont plus attirées par l’acquisition des titres anciens (dont la valeur est prévue en augmentation).

A travers ce mécanisme, les opérations d’open market offre à BAM une possibilité supplémentaire pour contrôler la masse monétaire par l’action indirecte sur les taux d’intérêt du marché monétaire (en augmentation comme en diminution).

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